L’histoire des vétérans danois pose une question qui résonne aujourd’hui dans les bureaux des DSI de toute l’Europe : « Cela en valait-il la peine ? »
Ils ont répondu à l’appel du 11 septembre par loyauté envers une alliance que Washington, à l’ère des droits de douane et du America First, a décidé de rompre.
Dans le monde IT, l’Europe a commis la même erreur de calcul. Nous avons cru que le cloud américain était un allié bienveillant, alors qu’il a agi comme un cheval de Troie érodant notre souveraineté technologique.
Le Cloud comme le nouvel Afghanistan : un investissement sans retour
Les entreprises européennes ont investi des milliards dans la migration de leurs infrastructures vers des clouds américains. Elles recherchaient l’agilité ; elles ont trouvé un piège financier et une perte progressive de contrôle.
Tout comme les vétérans danois se sentent ridiculisés après avoir servi en première ligne, de nombreuses organisations européennes sont aujourd’hui désarmées : leurs données résident sur des serveurs étrangers, soumis à des lois telles que le Cloud Act, qui permet au gouvernement américain d’y accéder sans préavis.
La prétendue « trahison » des droits de douane n’est pas un épisode isolé. Elle est le symptôme d’une croyance dangereuse : confier notre sécurité — militaire ou numérique — à ceux qui ne nous considèrent pas comme des alliés, mais comme des dépendances économiques.
Le lock-in est le nouveau Groenland
Revendiquer des territoires pour leur valeur stratégique en ignorant la souveraineté d’autrui n’est pas seulement une pratique géopolitique. En technologie, cela se produit chaque jour.
Les grands fournisseurs cloud imposent des écosystèmes dont il est presque impossible de sortir. L’IA, les processus métiers et l’analytique sont tellement intégrés à leurs plateformes que l’Europe a perdu une réelle capacité de décision.
Le résultat est évident : la donnée — le pétrole du XXIe siècle — et les processus qui soutiennent nos industries restent sous le contrôle d’une puissance qui n’hésite pas à utiliser la technologie comme arme politique et économique.
Si vos hôpitaux, vos usines ou vos services essentiels dépendent de ce cloud, votre souveraineté n’est qu’un mirage.
Souveraineté technologique : la seule issue digne
La marche silencieuse des vétérans à Copenhague fut un acte de dignité. L’Europe a besoin du sien.
Il ne s’agit pas de rejeter l’innovation, mais de cesser de la confondre avec la soumission.
Face au dogme du cloud captif, l’alternative est claire :
- Contrôle réel des données : décider où elles résident et qui y accède.
- Liberté vis-à-vis du fournisseur : rompre avec la captivité des licences et des conditions changeantes.
- Une innovation au service des personnes : des outils que l’utilisateur contrôle, et non des systèmes qui le contrôlent.
Ne pas cacher les médailles dans un tiroir
Søren Knudsen, officier danois, garde ses médailles dans un tiroir par honte. L’Europe ne devrait pas attendre qu’un embargo, une mise à jour automatique ou une hausse unilatérale des prix fasse tomber ses systèmes critiques pour réaliser qu’elle aussi a rangé son indépendance dans un tiroir.
La capitulation des données est déjà là. Elle se manifeste par la dépendance technologique, la perte de contrôle et le transfert constant de valeur européenne vers la Silicon Valley.
La supervision, la donnée et l’infrastructure ne sont pas des services à externaliser. Elles constituent le rempart de notre liberté opérationnelle.
Il est temps de cesser de se demander si cela en valait la peine et de commencer à reconstruire une souveraineté technologique fondée sur le discernement et le contrôle.
Sancho is the creator and founder of Pandora FMS. Among his many hobbies, besides technology and internet in general, are reading, playing the guitar and sports such as fencing and boxing. In his personal blog he dares to write about business and technology topics when he has time, which is almost never.




