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Latence réseau : qu’est-ce que c’est, comment la mesurer et comment la réduire

Introduction

Y a-t-il quelque chose de pire que « ne pas avoir d’Internet » ? Oui : quand la connexion devient très lente et commence le calvaire de recharger la page, renvoyer la requête au serveur, voir la réponse blanche et frustrante… Au moins, quand il n’y a pas de connexion, on peut l’accepter et se consacrer à autre chose que le doomscrolling. Mais lorsque le réseau rampe dans la boue, la principale suspecte, c’est la latence, que nous allons traiter en profondeur aujourd’hui.

Nous verrons ce que c’est, ses causes, comment la mesurer et comment superviser cet indicateur clé, en plus de recommandations pour la réduire autant que possible.

Commençons par connaître l’ennemi.

Qu’est-ce que la latence réseau et pourquoi est-elle importante ?

La latence réseau est le temps qu’un paquet de données met à voyager de sa source à sa destination et à recevoir une confirmation de retour (en télécommunications, on parle de Round-Trip Time (RTT) ou de Round-Trip Delay (RTD) lorsqu’on parle des signaux en général). La latence se mesure en millisecondes (ms) et elle est fondamentale parce que :

  • Elle détermine la réactivité des applications en temps réel (VoIP, visioconférences, trading, apps utilisées par l’organisation pour travailler…).
  • C’est l’une des clés de l’expérience utilisateur. Ainsi, une latence supérieure à 100 ms est perçue comme lente dans les interactions avec des services en réseau, déclenchant un défilé de tickets de support au langage de plus en plus coloré.
  • Elle impacte la performance des systèmes distribués : microservices, bases de données en cluster ou environnements cloud accumulent des retards à chaque appel réseau. Aujourd’hui, beaucoup d’organisations sont passées d’applications locales à d’autres en réseau privé ou dans le cloud, et une latence réduite est clé pour la productivité.
  • Elle influence le respect des SLA (Service Level Agreement) : dépasser des seuils convenus peut générer des pénalités ou une perte de confiance de la part des clients, qui nous ont choisis pour la vitesse et reçoivent des escargots.

C’est pourquoi la latence est une variable critique pour des services numériques efficaces.

Types de latence en IT : réseau, stockage, application et plus

Approfondissons un peu les différentes faces du prisme de la latence, en commençant par examiner celle qui est généralement la plus associée au terme aujourd’hui, comme je l’ai fait en début d’article.

La latence réseau

C’est la latence la plus habituelle qu’un administrateur IT voudra vérifier pour garantir que le travail des utilisateurs est productif et qu’ils accèdent rapidement aux ressources en réseau dont ils ont besoin, qu’il s’agisse de fichiers ou d’applications réseau. On peut la vérifier, par exemple, avec une commande ping depuis le terminal.

ping 8.8.8.8
64 bytes from 8.8.8.8: icmp_seq=1 ttl=119 time=22.0 ms

Si l’on regarde la dernière partie, la variable time nous donne une valeur en ms qui reflète cette latence, c’est-à-dire le temps que le paquet ICMP a mis pour aller à destination et revenir. Dans cet exemple, 22 ms.

L’importance de la gigue (jitter)

Ce n’est pas le seul indicateur intéressant pour analyser des problèmes de latence, car on peut aussi vérifier la gigue. Ce concept mesure la variation de la latence. Si certains paquets prennent 20 ms et d’autres 80 ms, cette variation (±60 ms) est le jitter au sens général, pouvant causer une voix hachée en appel ou des coupures vidéo lorsqu’il est élevé. Il faut donc considérer non seulement la latence pure, mais aussi la régularité de ces temps.

La commande ping est également utile pour obtenir cet indicateur clé : la dernière ligne de la sortie de terminal affiche par exemple :

rtt min/avg/max/mdev = 14.878/19.205/21.955/3.097 ms

Elle indique, dans l’ordre : la latence minimale, moyenne, maximale enregistrée sur les paquets du ping et ce mdev final (mean deviation ou écart moyen), qui correspond au jitter. Dans ce cas, il reste faible, ce qui indique que la latence est correcte et stable, avec à peine 3 ms d’écart moyen entre paquets.

Que celles et ceux qui n’aiment pas contempler l’obscurité du terminal se rassurent : nous verrons des outils plus simples et visuels pour superviser latence et jitter.

Évidemment, quand on parle de latence réseau, l’un des moyens les plus directs de la réduire est la connexion filaire, qui la maintiendra entre 1 et 10 ms si tout fonctionne bien. Le Wi-Fi ou la 5G, en revanche, dépassent souvent 30 ms de latence à cause des interférences.

La latence de stockage

Il s’agit du temps d’accès aux disques. Les anciens HDD tournaient autour de 5–10 ms, tandis que les SSD se situent entre 0,1 et 0,5 ms. Cette latence affecte bases de données et systèmes de fichiers, par exemple sur ta machine locale.

Latence d’application

Ici, on parle de retards de traitement logiciel. Par exemple, des APIs mal optimisées ou le garbage collection en Java peuvent allonger ces temps et faire grimper l’énervement à l’usage de l’application.

Latence de serveur

Elle renvoie au temps de réponse d’un serveur, par exemple un serveur web (ce qu’on appelle Time To First Byte — TTFB). L’idéal est < 200 ms. Mais si cette nouvelle startup IA — énième wrapper de ChatGPT — héberge sa page sur une Raspberry Zero, peu importe la rapidité de ta connexion : le serveur ajoutera sa latence. Cela montre que cette latence n’est pas toujours un problème d’ampleur de bande passante ou de configuration réseau de notre côté ; d’autres coupables existent.

Principales causes de la latence

Quand on rencontre des problèmes de latence sur le réseau, il faut les résoudre — et commence alors le Cluedo pour trouver le coupable (ou les coupables, la vie en IT étant souvent multifactorielle). Les principaux motifs sont :

Cause Exemple Impact
Distance physique Datacenter en Europe pour des utilisateurs en Amérique latine On ajoute facilement 100 ms pour plusieurs milliers de km parcourus.
Sauts réseau Paquets passant par 15 routeurs au lieu de 5 Chaque saut ajoute de la latence.
Congestion Pic de trafic sur des liens WAN Perte de paquets + jitter.
Matériel obsolète Routeurs avec faible capacité de buffer Files d’attente de traitement et latence élevée.
Configuration Protocoles de routage inefficaces (ex : RIP vs OSPF) Routes sous-optimales et temps d’envoi/réponse accrus.

Si ton fournisseur Internet est catastrophique — ces 600 Mb pour 5 € n’étaient pas une si bonne affaire — il travaille probablement avec du hardware obsolète et/ou souffre de congestion.

Comment mesurer la latence : outils et métriques clés

Comme on ne peut gérer que ce que l’on mesure, la première étape est de superviser la latence de notre réseau, avec :

Outils de terminal pour mesurer la latence

On dispose de la commande ping déjà vue ci-dessus. Pour diagnostiquer plus finement, on peut utiliser traceroute depuis Linux/Unix, ou tracert depuis PowerShell sous Windows. Ainsi, on obtient non seulement la latence globale, mais aussi la latence à chaque saut jusqu’à la destination.

Il est néanmoins important d’abord d’utiliser ping pour la latence générale et, si elle ne nous convient pas, ou si l’on veut savoir où les paquets « s’attardent » le plus, d’utiliser traceroute / tracert. Le mode d’action de cet outil, surtout sans options spécifiques, peut donner des latences plus élevées que ping, car sa mission est d’explorer les sauts et d’envoyer plusieurs paquets, pas un seul.

traceroute -I -n 8.8.8.8

Cela « occupera » moins l’outil, en envoyant des paquets ICMP (-I, comme tracert) et sans résoudre les adresses IP (-n). En résumé : ping pour connaître les latences, et si elles sont mauvaises, traceroute pour investiguer les sauts problématiques.

Mesurer la latence serveur depuis le terminal

Pour jouer les magicien·ne·s du terminal et mesurer la latence d’un serveur avec ce Time To First Byte (TTFB) évoqué plus haut, on peut le faire avec curl sous Linux/Unix.

curl https://google.com -w "TTFB: %{time_starttransfer}"

La commande renvoie le HTML de la page et, à la fin, quelque chose comme ceci (sortie réelle d’un test local) :

TTFB: 0.594890

On connaît ainsi la latence jusqu’au premier byte renvoyé par le serveur.

Outils GUI pour mesurer la latence

Si le terminal impressionne, pas de souci : il existe des outils visuels pour l’analyse. Mon préféré qui ne s’appelle pas Pandora est Pingnoo, open source et disponible pour Windows, Linux et macOS. On peut y analyser latences et résultats de façon visuelle.

Le point clé est que la valeur de la latence, seule, est limitée. C’est un indicateur à superviser pour que nos services « glissent » sans accroc, mais ce n’est pas le seul à considérer. Dans une organisation un tant soit peu complexe, utiliser un outil par analyse crée des silos d’information qui ne dialoguent pas, sans vision globale de l’infrastructure IT. La perspective globale est indispensable, et c’est pourquoi tu peux mesurer la latence — et bien plus — avec Pandora FMS.

Superviser et diagnostiquer la latence avec Pandora FMS et Pandora MINI

Pandora FMS est le système de supervision globale de notre empire technologique et, évidemment, tu peux mesurer les latences, en plus de disposer en permanence des historiques et agrégats sur un seul tableau de bord — façon capitaine Kirk à la passerelle de l’Enterprise. Avec Pandora FMS, tout ce que nous avons vu se fait sans incantations dans le terminal, permettant par exemple :

  • La supervision distante : des tests ICMP basiques pour voir si l’host est en ligne et sa latence, ainsi que d’autres tests comme TCP et SNMP.
  • La supervision web : de divers tests, comme le module « Remote HTTP module to check latency », pour éviter de manipuler curl. On saura latence, temps de chargement, code d’état serveur…
  • Des alertes personnalisées : pour être notifié à l’instant où quelque chose déraille et, par exemple, met en péril les SLA.

Au final, la latence n’est pas un caprice mais un instrument de contrôle et d’optimisation, et disposer d’un outil intégré comme Pandora FMS offre une capacité bien plus large et rapide pour piloter cette optimisation et diagnostiquer les incidents. En plus, historiques, dashboards personnalisés, tout ce qu’on a toujours voulu pour avoir le sentiment de contrôler au moins un aspect de notre vie.

Diagnostiquer la latence avec Pandora MINI

Si l’objectif est quelque chose de gratuit et simple, mais aussi capable de visualiser latences et états des réseaux/serveurs, Pandora MINI est l’outil 100 % gratuit pour Windows que tu peux télécharger ICI. Moins puissante que sa grande sœur, mais même ADN et compétences : on peut ajouter sur l’écran principal de MINI les services à contrôler (serveurs internes ou externes), voir s’ils sont online et avec quelle latence, de façon visuelle et colorée.

Ce n’est pas tout : on peut aussi analyser plus finement des problèmes de latence avec :

  • Son calcul de jitter : Monitoring > Jitter.
  • Traceroute intégré pour un coup d’œil plus proche sur d’éventuels problèmes, disponible dans Tools > Traceroute.
  • Et bien plus, comme des requêtes WHOIS ou un dashboard intégré.

Tu pourras ainsi superviser des infrastructures simples ou diagnostiquer des incidents sans installations complexes ni configurations sur les machines.

Impact sur la performance et l’expérience utilisateur

La latence est probablement la cause n°1 des veines du front prêtes à exploser. Quand elle grimpe, l’expérience utilisateur chute, avec par exemple :

  • Le VoIP/visioconférences : une latence > 150 ms cause écho et désynchronisation.
  • Le streaming : le maudit buffer ne s’arrête plus de travailler et on subit un jitter > 50 ms.
  • Les jeux en ligne : ces millisecondes en plus expliquent pourquoi un gamin de 11 ans t’a infligé 10 headshots d’affilée — et rit (haché) sur le chat.
  • L’IoT industriell : des latences élevées peuvent entraîner des défaillances critiques.
  • Le cloud/SaaS : l’usage d’applications online avec une latence élevée provoque des baisses de productivité et des tickets utilisateurs qui ne respirent pas l’amour.

Comment réduire la latence : des stratégies pratiques

Nous connaissons presque tout de l’ennemi mais, comment le vaincre ? Le tableau des causes ci-dessus donne des pistes, et voici les stratégies principales pour réduire la latence. À utiliser comme liste de contrôle pour voir ce qui s’adapte à ton infrastructure :

  • Le Edge Computing : traiter les données au plus près de leur source, au lieu de tout envoyer à un serveur central éloigné qui ajoute de la latence. Dans des processus où la vitesse est critique (retail, industrie), c’est à considérer.
  • Le CDN (Content Delivery Network) : servir du contenu statique depuis des nœuds locaux ou proches, réduisant la distance. Il existe aussi des solutions plus récentes pour le contenu dynamique.
  • LE caching : le cache au niveau application, base de données ou réseau peut réduire significativement la latence pour des données peu changeantes. Attention à l’obsolescence des contenus.
  • Le segmentation réseau : création de VLANs pour le trafic critique (voix, vidéo).
  • L’amélioration du matériel : dans la mesure du budget, viser des équipements hautes performances.
  • Protocoles adaptés : HTTP/2 ou QUIC peuvent gratter des millisecondes.
  • LEs politiques QoS (Quality of Service) : prioriser le trafic critique dans les routeurs.
  • Les connexions directes : utiliser BGP pour déterminer des routes optimales entre systèmes autonomes sur Internet.
  • Les solutions d’équilibrage de charge : distribuer le trafic de façon uniforme entre plusieurs serveurs, évitant les goulots d’étranglement.
  • Les optimisations et compression : quand c’est possible sans dégrader l’expérience — attention aux machines anciennes qui « soufflent » en décompression.
  • Les SLA des fournisseurs : valider et obtenir des garanties de niveau de service, avec mesures et compensations en cas de non-respect.
  • Et bien sûr, supervision continue et globale. Dans de nombreux cas, la latence sera temporaire, mais il faut la juguler au plus vite.

On le voit, la latence a de multiples facettes — et elle est coupable de bien des tickets disant « la réseau marche pas ». Avec une bonne optimisation et un système de supervision et d’alertes permettant d’attaquer les goulots d’étranglement, tes utilisateurs t’adoreront pour la rapidité de leurs applications. Jusqu’à la prochaine panne, mais c’est la vie en IT.

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